Electra Dare-Devil Diver : sportive et stylée

Je ne t’ai pas encore parlé horlogerie sur ce blog. C’est un sujet passionnant, mais aussi très vaste, complexe, et je cherchais par quel bout l’attaquer. Je vais donc inaugurer ce sujet en te parlant de la marque Electra. Pourquoi cette marque ? Déjà, parce qu’il est possible que tu n’en aies pas encore entendu parler. Et puis parce que ça fait partie des projets qui me plaisent, ceux qu’on voit arriver d’un peu loin en se demandant si ça va être le succès qu’on espère et si les gens comprendront. Mais revenons au commencement.

Electra : La Renaissance

Pour comprendre Electra, nous allons revenir rapidement aux années 60. Plusieurs marques horlogères suisses et françaises s’associent pour créer Electra, une nouvelle marque qui bénéficiera d’un beau succès pendant quelques années mais qui ne survivra pas à la crise du Quartz.

Revenons maintenant en 2024. Il y a quelques mois, je reçois un message d’une connaissance un peu perdue de vue. Cette connaissance, tu l’as peut-être déjà croisée sur le Web sous le nom de Don, il a écrit quelques articles sur l’horlogerie chez les amis de Bonnegueule et surtout participe et anime le forum horloger français Forumamontres depuis plus de 10 ans. Il me parle d’un projet encore secret qu’il s’apprête à lancer. Évidemment je suis tout de suite intrigué, pas parce que c’est une connaissance, les projets de passionné je les adore autant que je m’en méfie. Si je suis intrigué c’est parce qu’il existe un club très exclusif de personnes à la fois largement plus exigeantes que moi, et avec encore moins de tolérance que moi au « bullshit » marketing et que je sais qu’il en fait partie. Je me doute donc que peu importe ce qu’il va lancer, ce sera forcément intéressant.

une soixantaine d’année sépare ces deux montres ©ElectraWatches

Les mois passent, et le projet se dévoile petit à petit, au travers du forum et de quelques longues conversations téléphoniques (une conversation entre passionnés c’est au grand minimum 1h, peu importe ce qu’il se passe dans le reste du monde). Celui-ci consiste à relancer une marque créée dans les années 60 afin de proposer une montre la meilleure possible au prix le plus accessible possible. Dont acte.

Dare-Devil Diver

Octobre 2024, le premier modèle est présenté. Inspiré d’un modèle historique de la marque, la Dare-Devil est née. Je reviens sur les détails techniques un peu plus bas, parlons plutôt de la philosophie de la montre. Le modèle historique est une plongeuse « non professionnelle ». Mais le modèle 2024 est moins catégorisé. Il se veut comme la montre parfaite du quotidien. C’est-à-dire ? Un gabarit pas trop imposant, pour passer sur tous les poignets, une étanchéité conséquente, dans la droite lignée de sa grand-mère, qui permet de l’utiliser en toutes circonstances, une proposition stylistique réelle. La différence avec une plongeuse ? La plus importante selon moi est au niveau de la lunette. Si on garde une lunette mobile, au lieu d’être unidirectionnelle et divisée en 60 minutes, elle est bidirectionnelle et divisée en 12 créneaux. Je vais ici faire un premier commentaire personnel. Je n’ai jamais compris le succès des plongeuses. Attention c’est une typologie de modèle qui a toute sa place dans le monde horloger, mais qui est omniprésent, pourtant, en 10 ans j’ai dû croiser un seul plongeur ! En revanche, il m’arrive de voyager, et pouvoir marquer l’heure locale grâce à un second indicateur, sans payer le surcoût d’un mouvement GMT est un vrai avantage ! Je trouve donc ce choix des plus pertinents. Pour finir, pas de date, pour laisser la personnalité des cadrans s’exprimer. Un modèle à l’ADN résolument si ce n’est sportif, en tout cas tout-terrain, totalement adapté au quotidien stylistique de la plupart des gens.

Voici la version verte, que je porte depuis quelques temps

Un peu de technique

Je vais quand même me permettre de préciser quelques points techniques qui, sans être un expert, me semblent intéressants. En effet, j’ai écrit un peu plus haut que le projet est de faire la meilleure montre possible. Or, je n’aime pas l’idée d’un meilleur produit, car dans l’absolu, chacun ayant ses attentes, qui peut prétendre être le meilleur tout court ? En revanche, ceux qui ont déjà conçu des produits à vendre le savent, le vrai défi, c’est de proposer le meilleur compromis possible en restant dans un budget donné. Car chaque choix, technique, de vente… amène des avantages, et des limites. Il n’y a pas de réponse unique, juste des choix à faire.

Le boîtier

C’est un sujet qu’on n’aborde pas assez à mon goût. Ou mal à vrai dire. Passons rapidement sur le matériau de celui-ci, de l’acier inoxydable, 916L, celui utilisé par l’immense majorité des horlogers, aucun sujet, c’est ce qu’il faut pour une montre « outil ». Là où cela devient intéressant, c’est sur les dimensions. On voit souvent des gens faire de grandes théories sur le bon diamètre, un jour 42mm, le suivant 37…. Pourtant cette information ne suffit pas. Un boitier de montre ça s’évalue entre son diamètre, sa hauteur, l’ouverture du cadran (qui peut faire paraître celui-ci plus grand que ce qu’il n’est vraiment) et la longueur corne à corne, c’est-à-dire la longueur totale du boîtier. En effet, il faut d’une part que le boitier soit équilibré dans ses 3 dimensions (l’épaisseur est donc importante), et la montre doit pouvoir se poser sur les bracelets les plus petits et les plus gros, sans avoir des cornes ridiculement petites ou grandes. Le diamètre choisi est de 38mm, qui est je pense idéal pour une montre 3 aiguilles (plus grand j’y ressens du vide) avec un cadran pas trop épuré (sur une dress-watch je serais prêt à descendre d’un ou deux millimètres). Son épaisseur est de 12,99mm avec le verre (10,95 sans, ce qui a son importance dans le ressenti au poignet) et la longueur corne à corne de 47mm est très polyvalente. Un boîtier somme toute très équilibré, qui devrait paraître esthétique à une grande majorité de poignets.

Un autre point important selon moi, le boitier s’il fait la part belle au poli brossé, l’alterne sur certaines tranches avec un poli miroir. L’alternance de polissage est toujours une très belle idée, ça amène un vrai plus esthétique, mais surtout, il est pour moi important, pour ne pas dire primordial, qu’une montre « tout-terrain » ait majoritairement du brossé, pourquoi ? Parce que c’est celui qui encaisse le mieux les coups, les tâches, sans que ça ne jure. Tous ceux qui ont eu une batterie de casseroles polies miroir avec des traces de gouttes partout comprendront l’idée.

Regarde cette alternance de polissage particulièrement appréciable

Un point sur la couronne, vissée pour garantir l’étanchéité, si celle-ci n’intègre pas le groupe des montres dites « big crown », elle n’est pas riquiqui pour autant, ce qui permet un maniement facile, même avec de gros doigts, c’est agréable. Une étanchéité portée donc à 203m, au lieu des 200m habituels afin de pouvoir mentionner 666 pieds (Dare-Devil tout ça tout ça…), amis superstitieux prenez garde.

Passons à la lunette. Je n’aime pas les plongeuses en grande partie lorsque leur lunette est large et épaisse. N’en ayant pas l’usage, je trouve que ça alourdit inutilement les montres (à tel point que ma seule plongeuse n’a pas de lunette externe, non mais). Ici, l’usage se voulant moins professionnel, la lunette bidirectionnelle reste discrète. Noire, faite dans un très sobre aluminium anodisé, elle accueille 11 nombres, et un triangle pour symboliser les douze heures. Ces douze marquage sont luminescents pour que tu puisses lire l’heure dans le noir, même à Tombouctou.

Deux détails intéressants, une belle couronne facile à utiliser, et une lunette qui reste plutôt discrète

Le verre

Qui dit boîtier dit verre. Ici aussi, pas de compromis. C’est un verre saphir, réputé pour sa résistance, logique vu l’usage imaginé de la montre. C’est toutefois sa version haut-de-gamme qui est utilisée, c’est-à-dire double dôme (à l’intérieur et à l’extérieur pour éviter les déformations) et avec un double traitement anti-reflet à l’intérieur, pourquoi à l’intérieur ? Pour éviter que celui-ci soit retiré lors de potentiels chocs de la montre. Comme pour l’acier, je n’ai pas de commentaire particulier à faire, Electra choisit ce qui se fait de mieux. J’apprécie qu’il ne soit pas plus bombé, d’une part pour l’épaisseur globale de la montre, d’autre part pour une raison évidente d’exposition aux coups sur une montre typée baroudeur.

La vue de nuit, qui permet de lire les deux heures que peut indiquer la montre ©ElectraWatches

Le(s) cadran(s)

Passons au cadran, car j’ai des choses à dire. Ma lassitude extrême des cadrans noirs surreprésentés dans les montres dites sport/professionnelles/outils a atteint un point de non-retour. C’est pourquoi le premier point génial de ce modèle c’est qu’il est lancé avec 5 cadrans, un noir pour les plus conservateurs, et 4 cadrans soleillés bleu, rouge, vert et jaune. Chaque teinte est étudiée et choisie avec soin, et je ne les trouve à la fois ni trop communes ni trop extravagantes, le côté soleillé et fumé permettant de ne pas se retrouver avec de gros aplats de couleur (suivez mon regard…). Voilà pour la base. Passons ensuite aux écritures, et ici, pas de fioriture, juste l’essentiel. A 12h le discret logo de la marque et son nom. Et à 6h deux lignes qui mentionnent l’étanchéité, 666 feet (j’apprécie que ce ne soit alourdi de l’équivalent en mètres) surmonté de la mention « Automatic ». Sobre et efficace. Je te ferai d’ailleurs remarquer qu’au-delà du côté facétieux du 666, la montre est bien testée pour 203m de profondeur, et pas 200.

La collection au complet, un modèle pour 5 montres (au moins) ©ElectraWatches

Passons à un sujet souvent sous-estimé : les index. Dans bien trop de montres j’ai vu des index basiques, un peu mis par défaut, et je trouve que cela gâche tout. Rien de tel que de beaux index un peu travaillés pour donner une personnalité propre à un modèle simple. Sur cette montre, ils sont de deux types. À 3, 6, 9 et 12h nous avons un index de forme triangulaire. Ce triangle en acier entoure une matière luminescente sur laquelle est écrite en noir l’heure. Les 8 autres index font mon bonheur car ils restent relativement complexes. 3 bandes, 2 en acier entourent une fine bande de matière luminescente. Au-delà du côté index appliqué qui donne déjà de la présence avec un effet 3D, les bandes en acier ont un léger biseau à leur extrémité qui vient rajouter un peu de cet effet. C’est discret, ce n’est pas grand-chose, mais ça fait tout, voire plus que tout.

Regarde la beauté de ces index

Le mouvement

Je l’ai évité jusqu’à présent, mais il va bien falloir en parler. C’est en général à ce moment que les paroisses sonnent leurs cloches pour appeler leurs clo…ouailles. Quel choix faire ? Parmi la cohorte de marques qui rebadgent des mouvements sous-traités comme « de manufacture », et ceux qui réinventent la roue pour nous proposer un énième mouvement 3 aiguilles, Electra fait le choix d’annoncer chez qu’elle achète ses mouvements à un prestataire spécialisé. Ce qui me semble d’ailleurs totalement en phase avec l’histoire de l’horlogerie et l’organisation de cette industrie. Si l’on se contente de la fiche technique, c’est un mouvement moderne classique, 4Hz, 38h de réserve de marche, 25 rubis, simple, sobre, efficace. Oui, mais… ce n’est pas si simple. Les spécifications techniques ne font pas tout, et l’horlogerie, c’est aussi de l’artisanat et du savoir-faire. Or, les montres Electra sont assemblées en France, et bien mieux, elles sont assemblées par une très belle manufacture horlogère qui met au service de la marque ses compétences en matière d’assemblage. Tu me diras, et alors ? Eh bien… un mouvement somme toute classique, se retrouve finalement finement réglé avec une précision de +/-2s par jour, ce qui est relativement rare, et inexistant dans cette gamme de prix. Alors oui, on perd une coûteuse certification COSC dont on nous rabâche les oreilles, mais qui elle ne garantit qu’une précision de -6/+4s par jour. Pas mal non ? C’est français.

Ce choix d’un mouvement préexistant amène deux avantages considérables. Le premier est qu’il a été éprouvé par des centaines, voire des milliers de montres avant, il n’y aura donc pas de surprise sur ce qu’on peut en attendre, or enlever des zones d’incertitudes dans un projet, c’est salvateur. Le second c’est que ça veut dire que la réparation par un horloger indépendant est simplifiée, il devrait pouvoir trouver des pièces facilement et pendant longtemps, ainsi même si tu déménages au fin fond de n’importe où, tu pourras toujours trouver quelqu’un pour entretenir ta montre. Personnellement, quand je vois le surcoût que certaines marques appliquent à des mouvements dits manufacture qui ne m’apportent rien ou pas grand-chose de plus par rapport à d’excellents mouvements disponibles sur étagère, si ce n’est d’être obligé de passer par la marque pour l’entretien, je me dis que ça ne vaut vraiment pas le coût. Je suis donc très content de ce choix !

Mon avis

Maintenant qu’on a fait le tour du propriétaire, passons au concret. Je teste la Dare-Devil depuis plusieurs mois, afin de voir comment l’incorporer dans mon style.  Et donc ? Qu’en pense-je ? Soyons honnêtes, ce n’était pas gagné. Non pas parce que je ne croyais pas dans le projet, mais parce que les montres sport/outil, ce n’est pas ma passion première, je suis plutôt du genre à rechercher la dress-watch ultime.

Une de mes tenues habituelles au quotidien

J’ai donc porté cette montre, dans diverses tenues et occasions. Si elle n’est pas ce que je recherche avec une tenue habillée (un costume), elle s’est intégrée plutôt facilement dans mes tenues moins formelles, et moi qui suis la plupart du temps en dépareillé, ça passait facilement. Le modèle vert avec bracelet vert est à la fois discret mais avec une personnalité bien à lui. En main elle fait solide, aucun doute, j’aime ces nombreux détails de design, et un en particulier, c’est le fait que la liaison entre la lunette et le cadran soit verticale, donne un effet de profondeur, un peu comme si celui-ci était au fond d’un puits. C’est donc un beau jeu d’équilibriste de donner à la fois plein de particularités sans tomber dans quelque chose de trop chargé ou d’outrancier. Je prends un vrai plaisir à la porter, et elle s’est révélée un compagnon idéal pour mes voyages (à la fois pour son côté tout-terrain et pour le second fuseau horaire). En y repensant, je me rends compte que c’est une des rares montres de ma collection qui a reçu des remarques (positives) de la part de gens qui se ne s’y intéressent pas, un signe qu’elle marque les esprits.

Un peu d’associations avec la chemise aux rayures vertes et la cravate avec des points oranges

Un dernier point fort ? Le bracelet, je le gardais pour la fin. Le confort du bracelet en caoutchouc est exceptionnel, et les différentes couleurs disponibles permettent de s’amuser. A noter que le système de fixation rapide permet réellement d’envisager un changement régulier (sans avoir à voyager avec sa trousse à outils). Je suis heureux que la marque ait fait le choix de ne pas faire un bracelet trop commun, mais soit restée sur quelque chose de simple, lisse, et très discret.

Un exemple parfait en voyage avec cette veste dans les tons vertes aussi

Cette montre répond exactement à une recherche que j’avais en tête depuis un moment, celle de la montre de détente/vacances. Techniquement, rien à redire, c’est un très bon produit, mais stylistiquement le fait d’avoir une telle variété de couleurs de cadran est un atout considérable par rapport au reste du marché, et l’occasion pour le sartorialiste aguerri dont la plupart des montres ont un cadran blanc ou noir, de se permettre quelque chose de vraiment décalé, léger, qui s’associera fort bien avec une chemise et un pantalon en lin au bord de la piscine. Le prix, 599€, permet enfin de vraiment la considérer comme une montre du quotidien, une baroudeuse qu’on ne craindra pas d’amener dans toutes nos activités (parce que bon, moi les plongeuses à 10k€ je ne m’imagine pas faire du 4×4 avec…), c’est le juste équilibre entre belle montre et vrai outil.

Un essai avec une tenue plus habillée

 Tu l’auras donc compris, je suis conquis. C’est un produit qui peut parler autant au néophyte qu’au passionné d’horlogerie. C’est une belle résurrection que nous propose l’équipe derrière Electra, et ce d’autant plus que vouloir rester en phase avec le passé sans faire soit n’importe quoi, soit de simples copies est un exercice qui demande une vraie réflexion. J’ai hâte de voir ce que donnera la suite (un modèle un peu plus habillé irait si bien avec mes complets…). Reste un doute, ai-je bien fait de prendre la verte ou aurais-je dû prendre la jaune ?

Laisser un commentaire