La cravate est morte! Vive la cravate!

C’est au cours de la dernière édition du Pitti que j’ai lu ce postulat assez étonnant, la cravate serait devenue obsolète, selon cet article, elle serait « morte ». Pour un quotidien du pays de la cravate, c’est assez violent comme affirmation, d’autant qu’elle ne reflète pas forcément toute la vérité. Evidemment, en tant que grand passionné de cet accessoire de col, il ne m’en fallait pas plus pour avoir envie de développer le sujet.

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Qu’elle soit colorée, pleine de motifs, ou bien sombre et unie, la cravate est un indispensable du vestiaire

La cravate, un accessoire en disgrâce

Il faut être réaliste, cet article n’était pas totalement dans le faux, la cravate n’est pas un accessoire à la mode. La plupart des hommes la portent par obligation. Elle fait partie du parfait kit de la tenue business, celle qu’on nous impose, que nous détestons mettre car elle ne nous correspond pas. Ces éternels costumes noirs (avec quelques bleus et gris) mal coupés qui envahissent nos rues doivent être associés à ces cravates, le plus souvent slim, mal nouées, dans un tissu assez improbable (si ce n’est pas du polyester, ce sera de la soie bien trop brillante). Bref, c’est effectivement un accessoire qui ne donne pas envie d’être porté.

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La multiplicité des couleurs, des matières, des textures est l’avantage principal de la cravate9

Ajoutons à cela ses deux gros inconvénients. Déjà, il faut la nouer, ce qui demande un minimum de dextérité ou d’entraînement pour réussir à faire un nœud qui ait le bon volume et qui ressemble à quelque chose de propre (voire mieux, à quelque chose qui ait de l’allure). Ensuite, on ajoute un tissu en plus à la tenue, ce qui veut dire que si on sort des hyper-basiques twills bleu foncé, bleu moins foncé, éventuellement bordeaux, il va falloir faire attention à bien l’accorder avec le reste de la tenue. Or, plus on multiplie les matières, les couleurs et/ou les motifs, plus il faut travailler la tenue. Et nous savons bien que ce n’est pas forcément avec les 5 minutes qu’on a le matin, qu’il est simple de développer une tenue très (trop ?) complexe.

A première vue, la cravate n’est donc pas l’accessoire que tu devrais considérer, et pourtant….

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L’une de mes préférées. Comment rester sobre tout en étincelant. Du lin pour la texture, un roulotage main pour la beauté cachée, une couleur assumée pour s’amuser, la quintessence de la cravate.

 

La cravate, l’accessoire qui relève tes tenues

Avec un début aussi pessimiste, difficile de te convaincre que tu dois absolument (au moins) considérer la cravate comme une pièce maîtresse de tes tenues et de ta garde-robe. C’est pourtant, selon moi, un des meilleurs moyens de donner du pep’s à une tenue. Il y a pas mal de raisons à ça.

Une bonne tenue est avant tout une tenue bien équilibrée. Il faut réussir à bien doser les pièces fortes et les pièces plus neutres. Or logiquement, plus une pièce de la tenue est visible plus il est risqué d’utiliser un tissu trop voyant. C’est pour cette raison que l’ensemble veste/pantalon est en général assez sobre, uni, des rayures, éventuellement des carreaux, mais on arrive déjà à des pièces plus rares. De la même façon, 90% des chemises se divisent entre du bleu ciel, du blanc, et des rayures bleues et blanches. Les couleurs plus originales, pour une chemise « formelle », sont extrêmement rares. Dans ce temple de l’ennui du sobre, la cravate devient donc le seul morceau de tissu où l’on va pouvoir se permettre facilement de la fantaisie, vu que sa surface visible est proportionnellement faible par rapport à l’ensemble de la tenue. Elle est donc un élément essentiel dans sa construction car c’est elle qui va lui apporter le relief et la profondeur nécessaires. Avec ta cravate, tu vas pouvoir te permettre une palette de couleurs et de motifs bien plus vastes.

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Forcément, ce genre de motif et de multiplicité de couleurs n’est possible que sur une surface « raisonnable »

Et c’est ça qui change tout pour moi ! Cet article dont je parlais auparavant avait raison, l’homme de 2019 ne veut plus de cette cravate obligatoire, symbole de sa tenue de travail, et de ses obligations. Mais cela ne veut pas pour autant dire qu’il n’a plus besoin de cravates. Bien au contraire ! les concepts de tenue de travail, ou de tenue formelle étant de plus en plus vagues, voire inexistants, on peut se permettre beaucoup plus de fantaisie. La cravate devient alors un accessoire particulièrement riche. C’est le seul vêtement dont le tissu de base est la soie, qu’on peut travailler de bien des façons, tissée, imprimée… mais on peut aussi utiliser de la laine, du cachemire, ou du lin. Toutes les couleurs, tous les motifs sont imaginables. Les napolitains l’ont bien compris en faisant du discret motif floral une de leur spécialité, il amène une touche de couleur et de fantaisie tout en restant peu visible. Alors… pourquoi se priver ?

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Il est aussi possible d’ajouter un peu de fantaisie à des modèles plus « business ». Celle-ci est une de mes références pour les rendez-vous importants.

Peut-être que simplement, cela impose de s’affirmer. Quelle ironie que la cravate, symbole du salariat, qui a servi à nous rendre tous standardisés, puisse devenir le vecteur de nos goûts. Car c’est bien ça qui pose problème. Sortir des versions ultra classiques impose d’affirmer ses goûts, d’affirmer son style, avec l’accessoire qui pose peut-être le plus problème à la majorité des gens. Ce n’est pas forcément simple, selon les environnements. Pourtant, il y a tout de même deux avantages. D’une part, c’est un accessoire moyennement cher, même de très belles cravates coûtent moins de 100€, par rapport au budget d’une veste c’est plus envisageable de prendre des risques. D’autre part, si vraiment la cravate ne va pas, tu peux toujours l’enlever. Ça ne sera pas considéré comme indécent (ouf !).

Un marché en pleine mutation

Cette volonté de trouver des produits plus diversifiés, plus qualitatifs et plus osés n’est pas restée inconnue des fabricants, et l’offre se développe pour adapter le marché à nos attentes. On voit revenir en force les grands noms du secteur, Marinella, Cappelli, Drake’s par exemple sont toujours présents et s’adaptent à nos attentes. Mais on a vu apparaître sur le marché de nouveaux acteurs, qui amènent une diversité assez impressionnante. Les différentes éditions du Pitti en particulier sont notamment l’occasion de découvrir de nouvelles maisons et leurs collections.

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On peut rester sur des couleurs basiques, et des micro-motifs, tout en jouant sur la texture, et la matière.

Ces derniers mois, j’ai eu l’occasion de découvrir de nouvelles marques, des ateliers parfois anciens, qui exercent l’art de la cravate depuis plusieurs décennies, et qui cherchent un développement à l’international, ou bien des jeunes entreprises, qui réussissent à se lancer grâce aux réseaux sociaux qui leur permettent de se faire rapidement connaître. Il est difficile de toutes les nommer, je suis depuis quelques années les créations de marques comme Arcuri, Shibumi dont le fondateur, est l’une des figures du Pitti ou Viola Milano. Je fréquente depuis 5 ans la maison Calabrese 1924 qui m’émerveille avec son univers tellement vaste et coloré, et qui propose tous les 6 mois des collections toujours plus affirmées. Plus récemment j’ai pu rencontrer les fondateurs des marques comme Bigi Milano ou Il Baronetto, dont l’histoire et les produits ont retenu mon attention. La France n’est pas en reste ! Même si les maisons traditionnelles sont assez peu dynamiques, Howard’s Paris propose depuis des années des collections de cravates très pointues. Bien plus récemment, la création de la maison Chato Lufsen a été l’occasion de faire renaître le style rive gauche, avec des collections mettant en avant les savoir-faire et les matières recherchées.

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Ou alors, on peut se faire plaisir! Couleurs pétantes et motif cachemire, idéal pour passer inaperçu!

Que ce soit par la particularité de leurs tissus (de belles soies bien lourdes, tissées sur d’anciens métiers, des mélanges de matières intéressants…) ou la qualité de fabrication de ces produits réalisés à la main, avec profusion de détails, et de techniques différentes (roulotage main, multiplication des plis, points d’arrêt…), toutes ces marques proposent une offre dense et raffinée qui ravira l’amateur.

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La cravate étant très personnelle, pourquoi ne pas la réaliser sur commande pour qu’elle nous corresponde complètement?

Pour finir

Un article dédié à la cravate. Il fallait le faire. Elle est à mes yeux le meilleur symbole de la « révolution sartoriale » qu’on observe ces dernières années. Des vêtements qui étaient considérés comme obsolètes redeviennent « à la mode », et trouvent de nouvelles utilités. La cravate sort de son cadre classique pour devenir un accessoire qui permet l’affirmation de son propre style. On peut la porter dans des tenues beaucoup plus décontractées, les cravates tricot ou les matières plus brutes comme la laine permettront de les intégrer facilement dans un univers casual. Alors pourquoi se priver ! Quel dommage de laisser aux seuls croque-morts des tours de bureaux le privilège de (mal) porter une cravate. Profite de cette dynamique pour t’amuser, sortir des sentiers battus, et laisse parler ton imagination, et ton goût.

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Etre cravatier, c’est un métier. Patrizio Cappelli est pour moi l’un des plus grands. Sa sélection de tissus est toujours pointue et passionnante.

Dans les prochaines semaines j’approfondirai plus le sujet, en te présentant de manière plus poussée la constitution d’une cravate, et en revenant sur certaines marques que j’ai hâte de te présenter.

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Même unie, une cravate peut s’émanciper. Ici un mélange coton et soie, dans une couleur assumée, par la maison Chato Lufsen.
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Mais on peut aussi rester sur des couleurs plus standard, en jouant sur les motifs. Ici une cravate Spacca Neapolis, avec des motifs particulièrement gros, et pourtant c’est une de celles que je met le plus.

Un commentaire sur « La cravate est morte! Vive la cravate! »

  1. Super article!
    Je me sens moins seul en lisant ces lignes 😭
    J’ai hâte de lire la suite!
    Bonne continuation
    Jean

    Merci ! Nous sommes peu, mais nous existons 😎

    J'aime

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