Eh bien voilà, nous y sommes, l’édition hivernale du Pitti 2024 a eu lieu, avec dans son sillon une quantité non négligeable de photos inondant notre fil Instagram. Je n’y suis pas allé, cette année encore pour d’évidentes raisons de planning/budget/rien à y faire. Cela dit, je me suis laissé aller à découvrir quelques tenues inspirantes (bien plus faciles à trouver que des images de l’intérieur du salon, comme d’habitude).
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut rappeler quelques points : l’algorithme Instagram étant ce qu’il est il a certainement caché plein de pépites. L’impact d’une tenue va fortement dépendre de la qualité de la photo, j’ai essayé de trouver différentes visions de chacune pour confirmer mon ressenti. J’évite de juger les coupes sur une photo, ça peut être trompeur. Enfin, une tenue peut ne pas être parfaite, mais un détail, une association ou une pièce peuvent m’intéresser.
Franco Mazzetti
Véritable icône du Pitti depuis quelques années Franco Mazzetti propose toujours de superbes tenues, élégantes, sophistiquées, même si certains pourraient les considérer trop classiques. Le pitch est plutôt séducteur : costume Glen check dans des tons marron, chemise bleu ciel, cravate en laine marron à carreau fenêtre beige, et richelieu marron.

Commençons par la base, cette tenue est portée par une magnifique paire de richelieu à bout droit rapporté (et fleuri) marron chocolat, bien entretenue et avec une belle patine. Dans un évènement où le mocassin règne en maître (jusqu’à l’écœurement ?), une belle paire de richelieu fait plaisir !
Passons au costume ensuite, pièce maîtresse de la tenue, le Glen check permet de créer un motif à base de lignes dans un dégradé de marron, souvent plutôt claires. La chemise bleue choisie a la bonne idée d’être dans un bleu ciel plutôt soutenu, pas trop clair, ce qui permet de créer un joli contraste, j’aurais peut-être pris un tissu un petit peu plus texturé. Le tout est complété par une cravate marron très sombre, en laine qui rappelle les couleurs du costume mais inversées pour faire la part belle à ce marron très sombre nécessaire pour créer un beau contraste.

Enfin, les différents bijoux agrémentent le tout de manière subtile, avec des pièces qui semblent toutes avoir une belle patine elles-aussi. Un dernier détail que j’apprécie, une jolie paire de gants en agneau couleur noisette. Un détail trop souvent négligé.
On a donc là une tenue très équilibrée dans les tons très à la mode ces derniers temps. Reste un point d’interrogation sur la pochette très discrète qui semble de près être dans un joli vert avec motif cachemire. Mais de loin, la couleur semble peut-être trop proche de la cravate.
Matteo Formichetti
Passons à un autre visiteur bien connu du salon qui propose ici une tenue qui représente globalement tout ce que j’aime. Plus de costume mais un dépareillé, et l’apparition d’un manteau. On retrouve ici aussi une prépondérance de tons marron.

Les voilà ! Nos fameux mocassins, à pampilles, dans un beau veau-velours chocolat (ils ont au moins le bon goût de ne pas être cordovan), une paire particulièrement polyvalente, un choix idéal si tu envisages de t’acheter une paire.
La pièce qui a tout de suite retenu mon attention, c’est le pantalon, de par sa couleur déjà, un très joli beige très discret, mais surtout par son drapé et l’impression de luxe et de douceur que donne le tissu, les photos plus rapprochées semblent laisser apparaitre un léger effet chiné. Une très belle pièce en tout cas, associée à une veste croisée marron qui semble être dans un motif caviar (tu le sais c’est typiquement une de mes recommandations comme veste idéale pour débuter). Pour trancher avec ces pièces unies, la chemise arbore une très jolie rayure marron, bien large. Ce n’est pas la chemise qu’on voit le plus souvent, mais après qu’un très bon ami en ait commandé une il y a quelques mois, je me dis que c’est une vraie alternative que je devrais considérer. Le tout est complété par une superbe cravate verte à médaillon (qui doit avoir des couleurs bordeaux, marron et orangée). Ceux qui me connaissent savent que mon amour immodéré pour le vert ne peut que me faire valider ce choix, qui s’accorde parfaitement avec le reste, tout en amenant une couleur différente.

L’autre pièce forte de cette tenue est sans nul doute ce superbe manteau Chesterfield à chevrons. Que dire de cette pièce, son équivalent en gris est dans mon top absolu des manteaux à posséder, et la priorité numéro un de mes projets sartoriaux du futur. Je ne peux qu’être fan. Le tissu à chevrons donne une touche d’élégance assez particulière aux manteaux quand il est bien large, je trouve cela assez fascinant. La couleur permet de ne pas trop assombrir la tenue, c’est un choix assez neutre.
Une tenue, tu l’auras bien compris, que je pourrais reproduire avec plaisir (à quelques pièces manquantes près), très équilibrée à mon goût, même si là encore, on reste sur du très classique. Je note la pochette sur le manteau, blanche, simple, qui rajoute un peu de raffinement à l’ensemble, et les chaussettes dans une jolie continuité du pantalon. Je suis toutefois moins convaincu par la veste dont la croisure me semble un peu trop petite et l’absence semble-t-il de montre (un joli modèle vintage, fin avec un bracelet en croco marron serait totalement adapté à cette tenue).
Nicola Radano
Troisième et dernière tenue dans les mêmes tonalités, qui semble par certains aspects être une association d’idées des deux précédentes. Ici aussi, ce qui est intéressant c’est l’usage de tons clairs pour une tenue hivernale (à Florence certes). On repart sur les mêmes bases, peut-être un peu plus amplifiée.

Nouvelle paire de mocassins, en cordovan bordeaux cette fois-ci. Mon désamour notoire pour ce cuir rend toute mon analyse assez peu intéressante. Cela dit, j’aurais peut-être privilégié une paire moins sombre, pourquoi pas un veau-velours noisette qui trancherait moins avec le reste. A méditer…
Vient ensuite un pantalon crème avec un beau volume, très belle pièce, dont le tissu semble plus fin, ou peut-être plus raide que le précédent (un coton peut-être ?). Associé et là c’est le point qui m’intéresse, à une veste croisée de couleur greige à rayure craie. L’une de mes grandes interrogations porte sur l’usage de la rayure en dépareillé, qui n’existe pas tant celle-ci a été reléguée au rang de symbole du power suit de la finance par excellence. Je trouve que c’est ici particulièrement réussi ; le côté très classique de la veste (poches à rabats, poche ticket, boutonnage traditionnel) s’accommodant fort bien de ce tissu.

La chemise est blanche, avec un col qui semble avoir un beau roulé, simple, elle s’accorde parfaitement au côté épuré du reste de la tenue. Tenue qui permet finalement de mettre en valeur la superbe cravate « rouge Pompéi » à médaillons, qui contraste superbement sur cette tenue. Le manteau est lui assez discret, très sport avec un motif à carreaux, plutôt discret.
Kenneth Chrorengel
Voici une tenue sur laquelle j’ai longtemps hésité, mais qui me semble intéressante. Tout se joue sur ce superbe costume trois pièces vert à très petits carreaux. Une pièce particulièrement forte réalisée dans un drap de laine avec une jolie texture. C’est un costume qui marque les esprits, ce genre de pièce qu’on rêve tous de commander un jour.

On retrouve encore une fois une paire de mocassins bordeaux. La couleur s’associe plutôt bien avec celle du costume. J’aurais personnellement privilégié je pense une paire de doubles boucles à semelle gomme ou des bottines, pour garder une continuité de costume de campagne.
La chemise semble être une popeline blanche et c’est là que je suis moins en phase. Avec un tel costume j’aurais choisi un oxford, la popeline me semble trop formelle, blanc, voir bleu ciel. D’autant plus que la pochette en soie blanche accentue ce côté trop formel. La cravate en laine semble être un glen check dans des tonalités marron, j’aime beaucoup le jeu de motifs et la couleur se marie plutôt bien avec le costume.

La montre Seiko dorée est particulièrement discrète et élégante, tout ce que j’aime. Enfin le tout est complété par une casquette à chevrons grise. Si la pièce fait sens dans la tenue, je crois que c’est le vert + marron + bordeaux + gris qui me perd au niveau de la tenue dans sa globalité.
Fabio Attanasio
Le Pitti est-il encore un temple des tenues formelles ? Rien n’est moins sûr. Le dépareillé et les tissus plus décontractés ont largement remporté la partie. On y trouve quand même quelques personnes qui portent de jolis complets. Parmi tous ceux-là, j’ai remarqué la tenue de Fabio, pour plusieurs raisons.

Ceux qui me connaissent bien le savent, en ce moment je suis dans une période très rayures et croisé, on part donc sur une bonne base. Ce costume réalisé par Vincenzo Cuomo est un parfait exemple du genre, revers en pointe large, avec double boutonnière, poches passepoilées, boutonnage 6×2, pantalon sans revers, l’archétype de la tenue business. Il est associé à une paire de richelieu noirs, à bout droit rapporté, soulier formel s’il en est.
Cette tenue est complétée par une chemise blanche avec un col moyennement ouvert, une cravate grise qui semble en laine et d’une simple pochette en soie blanche. Il semble y avoir une certaine tendance sur Instagram d’utiliser pour des tenues formelles des cravates en laine unies, très sombres. C’est un exercice intéressant, même si je préfère quelque chose de plus traditionnel, tel qu’une grenadine unie, un twill de soie avec un micro-motif, ou des pois…

Mais la vraie pièce forte de cette tenue, c’est le polo coat beige qui vient donner une luminosité éclatante à la tenue. On pourra noter une belle longueur de manteau qui descend jusqu’au mollet et un tissu qui semble avoir un très joli tombé et un toucher très délicat, qui casse un peu le côté trop sport du polo coat. Une autre superbe pièce de cette sartoria napolitaine.
Takayuki Kuwano
Terminons avec une autre belle interprétation de ce grand classique pleine de panache. Cette tenue paraît simple au premier abord mais ne l’est pas tant.

Nous commençons par le costume bleu à rayures, c’est un trois pièces avec un gilet croisé à col châle, excellent choix. Pour rester dans le formel, la chemise Winchester (à col et poignets blancs) bleu clair reste parfaitement dans le thème. J’ai trouvé des photos avec deux cravates différentes, une bleu marine unie, et avec une cravate dans une soie qui semble avoir des motifs géométriques dans les tons violets. Cette cravate donne tout de suite un autre ton à la tenue, avec un côté plus luxueux, peut-être aussi plus années 80-90 (ambiance Wall Street) que je trouve plus intéressante.
Par ailleurs cette cravate résonne avec les chaussettes couleur lilas qui amènent un décalage sympathique avec le formel de cette tenue. Une déception pour ma part au niveau des souliers, des mocassins en veau-velours qui me semblent très en décalage avec le reste. Un beau Richelieu noir est idéal avec un tel costume, même si dans ce cas j’aurais privilégié un richelieu brogué marron afin d’être plus en phase avec le manteau.

Eh oui, car la pièce maitresse de cette tenue reste ce magnifique manteau, sorte de trench militaire dans des tons marrons/vert avec un drapé qui semble exceptionnel. Pièce inattendue, en décalage complet avec le reste de la tenue, mais qui lui donne tout de suite une autre dimension. Il n’est pas certain que je l’aurais fait, mais je trouve que c’est particulièrement réussi !
Voici donc les quelques tenues qui m’ont tapé dans l’œil, n’hésite pas à me dire toi aussi celles qui t’ont le plus plu.


Merci pour cette sélection très inspirante. Je ne suis jamais allé au Pitti mais je suis certain que cela doit être un sacré spectacle.
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