Omega Guanti : une histoire d’artisanat et famille

Si elle est bien plus connue pour la pizza, son style tailleur ou ses cravates exceptionnelles, Naples est aussi la capitale de la ganterie. Accessoire souvent déconsidéré, le gant, au-delà de sa fonction protectrice a longtemps été un accessoire de mode, et d’élégance. Or l’élégance, c’est un vrai sujet. En particulier pour Ferdinand II, roi des Deux-Siciles au XIXème siècle. C’est lui qui va pousser et soutenir le développement de la production artisanale de gants à Naples. A tel point que celle-ci va devenir une vraie industrie, avec 41 ganteries qui emploient près de 6800 personnes. Oui, tu as bien lu, à cette époque, presque 7000 personnes fabriquaient des gants à Naples. Impressionnant n’est-ce pas ? Plus fascinant encore, ces ganteries sont toutes liées à un même quartier, le Rione Sanità. C’est là qu’aujourd’hui encore se trouve la maison Omega.

Omega : (presque) 100 ans de savoir-faire et de transmission

C’est donc au sein du Rione Sanità, quartier populaire de Naples connu pour le Palazzo dello Spagnolo et pour être le quartier d’où est originaire le célèbre acteur Totò, que se trouve, juste derrière le musée archéologique, le siège de la maison Omega. C’est en 1923 que Gennaro Squillace fonde son atelier de ganterie. A cette époque, l’industrie gantière est prospère, on peut compter près de 25 000 personnes qui fabriquent des gants à Naples.  

Si tu passes chez Omega, tu pourras voir des paires de gants centenaires, dédiées à l’élégance avant tout!

Près de 100 ans plus tard, le paysage n’est plus le même. Comme pour toute l’industrie de la mode, l’après-guerre a signé le début d’une fuite de la production vers des pays où la main d’œuvre coûte bien moins cher, perdant une grosse part de la qualité des produits au passage. Pourtant, Omega va continuer à faire des gants, se transmettant ce savoir-faire séculaire de génération en génération afin de continuer à proposer aux esthètes des gants réalisés dans les règles de l’art.

Lorsque je suis venu à Naples la première fois, en 2014, j’ai rencontré Mauro Squillace, 3ème génération de la famille à la tête de la maison. Passionné par son art, par son quartier et les gens qui y vivent, il avait un don particulier pour transmettre cette passion à ses visiteurs. Car le QG d’Omega n’est pas juste le centre névralgique de l’entreprise, c’est aussi un lieu touristique où l’on est accueilli comme à la maison et où le touriste peut découvrir comment on fabrique des gants. Aujourd’hui, c’est son fils Alberto (4ème génération donc) qui continue à transmettre cet amour du produit et de l’art de la ganterie.

Toute la production est gérée de manière artisanale, imagine, plus de 30 000 paires produites par an grâce à ces petits papiers

Omega, c’est l’histoire d’une aventure qui a trouvé le juste équilibre entre le maintien d’un savoir-faire séculaire et une plongée dans la modernité, avec une présence active dans les médias et les réseaux sociaux (le compte Instagram de la marque est à suivre, avec des contenus d’une superbe qualité) pour faire rayonner la ganterie napolitaine dans le monde entier.

La fabrication d’un gant

Comment fait-on un gant ? C’est simple, on prend une peau, on y découpe les formes d’une main, on coud le tout et voilà. Mais comment fait-on un beau gant ? Alors là…. C’est une autre histoire

L’inspection des peaux se fait à la lumière du jour pour bien détecter toutes ses particularités et ses défauts

Tout commence avec la matière première. Le cuir, le plus souvent de veau, mais aussi de cerf, de pécari ou carpincho. Il faut commencer par bien sourcer les peaux, peu importe d’où elles viennent. Viennent ensuite les étapes de tannage et de teinture. Ces étapes sont réalisées par des entreprises de la région, des partenaires d’Omega fiables, eux-aussi experts dans leur métier, savoir-faire nécessaire pour travailler les peaux sans les dénaturer. Je pense en particulier à la teinture par exemple, qui est effectuée en plongeant complètement les peaux dans un bain, pour qu’elles s’imprègnent de la teinture. Aucun autre traitement n’est effectué sur la surface (la fleur) du cuir, lui laissant tout son naturel, sa douceur et son élasticité. D’où le nom de cuir plongé.

Une belle peau, ça ne fait pas tout, les étapes de tannage et de teinture sont essentielles pour partir sur une bonne base

Mais cela ne s’arrête pas là, les doublures, en soie, en laine ou en cachemire viennent elles-aussi d’une petite production réalisée artisanalement juste derrière le Vésuve. Un dernier exemple, pour les gants « de conduite » dont la partie supérieure est réalisée en crochet, il a fallu trouver dans la région des gens qui sachent faire un crochet main adapté à la production d’un gant.

Passons maintenant à la réalisation. Fabriquer un gant, ce ne sont pas moins de 25 étapes. Chacune est réalisée par une personne spécialisée. Je te vois venir, tu te demandes comment on peut réaliser autant d’opérations différentes dans un simple appartement ? Eh bien… on ne le fait pas ! Historiquement l’industrie de la ganterie à Naples emploie majoritairement des femmes qui travaillent de chez elles. En effet, pour fabriquer un gant, il faut deux choses importantes : la lumière du jour, qui permet de bien apprécier les peaux et de travailler dans de bonnes conditions, et une machine à coudre adaptée, souvent de vieilles machines Singer des années 30. On peut donc travailler de chez soi. Omega fait donc appel a de nombreuses ouvrières, le siège servant à piloter le tout et faire le contrôle qualité. C’est une organisation folle, sans numérisation, tout est fait via des petites étiquettes en papier qui permettent de savoir ce qui est produit et quelle est la prochaine étape. Un bijou d’organisation et de logistique.

Pas d’automatisation ici, seule l’expérience d’ouvriers qualifiés compte

Les trois premières étapes sont dédiées à la découpe de la peau. Le premier coupeur a le rôle le plus important. Il va analyser la peau. Il commence par l’humidifier puis il ouvre la peau à l’aide de sa jambe, il va casser ou assouplir les nerfs sous la fleur de la peau. Ensuite, en bloquant la peau avec ses coudes il peut l’étirer et l’analyser pour identifier les éventuels défauts. Il va ensuite pouvoir découper des rectangles de peau. Le deuxième coupeur va travailler le gant sur le bord de la table avant de marquer le gant pour découper la forme.

Les premières étapes, dédiées à la coupe sont extrêmement physiques, on y travaille vraiment le cuir à la main (ou au coude)

Il y a des règles importantes à respecter, le gant devra pouvoir travailler en largeur et pas en longueur lors du port, par conséquent il faut découper la peau pour faire en sorte que l’élasticité du cuir soit perpendiculaire à la main. Toutes les chutes de cuir sont bien sûr gardées elles permettront de faire les petites parties du gant, car il faut que tous les morceaux de cuir d’un gant viennent de la même peau afin de s’assurer que la teinte est absolument identique. Le gant doit être coupé à la main, et pas à l’emporte-pièce, qui ne respecte pas l’élasticité de la peau, et fait un gant qui se déformera plus. Toutes ces étapes visent donc à découper la peau en prévoyant la déformation future du gant, afin que celui-ci s’adapte au mieux à la main.

La découpe du cuir se fait uniquement à la main, pour respecter les propriétés du cuir et qu’il ne se fasse qu’en largeur. Imagine que chacune des 30 000 paires faites chaque année passe par cette table

Petite info importante (ou intéressante), en ganterie on travaille en point français, qui mesure 2,7cm (soit un 1/12 de pied français, celui de Charlemagne selon la légende). Pour connaître ta taille de gant il te suffit de mesure la circonférence de la paume et diviser par 2,7.

Une règle en pouce français, pas courant comme outil…

Les différentes parties sont ensuite cousues entre elles pour former le gant. Il y a deux techniques majoritaires, la couture « piqué anglais » (ou bord à bord) utilisée pour les gants d’homme et la couture surjet intérieur, dite invisible, où le gant est cousu à l’envers, cela donne un gant plus fin plus utilisé pour les modèles femme, ou plus habillés. Une fois cela fait, on va utiliser un fer ayant une forme de main pour ajouter la doublure, qui tient grâce à un point de colle au bout de chaque doigt uniquement, afin de garder la respirabilité du gant.

Les machines utilisées sont aussi vieilles que la maison

Après toutes ces étapes, et divers allers retours entre la via Stella et les appartements du Rione Sanità, tu récupères une magnifique paire de gants, mais aussi un petit morceau d’histoire du quartier.

Au final, une paire de gants unique et un petit morceau d’histoire

Les gants une affaire de style.

Aujourd’hui la plupart des gens achètent une paire de gants dans un unique but purement utilitaire. Pourtant, comme beaucoup d’accessoires, les gants sont l’occasion d’amener une touche plus personnelle à nos tenues. Que ce soit grâce à la couleur, la texture du cuir voire même la façon dont il est travaillé, une paire de gants est un détail important, surtout en extérieur, puisque la plupart de la tenue est cachée par le manteau.

Les différentes peaux

L’agneau plongé : c’est la plus utilisée, c’est une peau très fine, avec un bel aspect brillant, qui lui confère une élégance particulière. La teinture lui va bien, et on en trouve de toutes les couleurs, voire bicolores. Il ne faut pas hésiter à s’amuser avec. On en trouve non doublés (idéaux pour le printemps), ou bien doublés en soie, laine ou cachemire. J’ai une préférence pour les versions non doublées au confort unique ou avec une doublure soie dont j’apprécie l’effet de chaleur au toucher, et le fait que cela reste une paire très fine.

L’agneau plongé permet une palette de couleurs absolument exceptionnelle, il y en a pour tous les goûts

Le pécari : C’est la peausserie reine. Le cuir de pécari, obtenu à partir d’un petit cochon du même nom originaire du Pérou, est à la fois épais, robuste, doux et moelleux. C’est un cuir grainé (pas le plus habillé donc) qui a la particularité de laisser visibles les pores de cheveux regroupés par trois. Avec le temps, sa patine est exceptionnelle. Pour la peausserie reine, le meilleur choix reste la doublure reine, le cachemire donc. Il en existe non doublés aussi. Je me souviens de longues discussions avec Mauro sur ce sujet, il considérait que faire du pécari non doublé était peu intéressant puisque ça reste un gant chaud et assez épais (contrairement à l’agneau), ce qui n’est pas faux, cela dit aujourd’hui vous trouverez des gants en pécari dans toutes les options de doublures possibles. Passons au choix de la couleur. Ah, la couleur… Lors de ma première visite chez Omega je suis tombé amoureux de la version jaune (couleur « Dakar »), absolument fascinante, malgré le regard sceptique de mes camarades. Quelques années après il semble que cela reste une couleur emblématique, qui a fait de nombreux heureux. Un coloris de choix donc pour un accessoire qui rentre vite dans une poche.

Le cerf : moins connu que le pécari, et moins reconnaissable aussi, le cuir de cerf est aussi un cuir grainé    un peu moins épais (selon un ressenti de… moi), très agréable au toucher. Doublé cachemire, c’est une excellente paire casual pour passer l’hiver. Le côté plus discret que le pécari (il n’y a pas les pores) peut aussi être un avantage.

Le carpincho : Après la mode du pécari, c’est le carpincho qui est devenu tendance. Le cuir de ce petit rongeur sud-américain est nubucké, ce qui lui donne un coté très doux, il est reconnaissable par son côté tacheté. Je le trouve esthétiquement plus habillé avec son coté « daim », par ailleurs Omega le teint souvent dans des couleurs plus originales (rouge, violet…) en plus des teintes classiques de marron, beige…

Comme tu peux le voir, avec le temps et la patine, les pores du pécari sont moins visibles et il se rapproche d’un cuir grainé plus classique

Les autres options : Il existe plein de cuirs possibles, même si je les ai moins vus utilisés. On pourrait parler du mouton retourné bien sûr, avec sa laine à l’intérieur non rasée, ou bien des gants de conduite avec la partie supérieure en crochet (pour les amateurs passionnés, ou pour le fun), ou bien du cuir tressé, que j’affectionne tout particulièrement, idéal pour une paire « estivale » non doublée, je suis l’heureux propriétaire d’une paire verte depuis des années et n’ai pu que me réjouir en voyant que la collection été 2022 mettait en avant ce style.

Je sais que certains y tiennent, alors il est important de proposer des options plus casual. J’ai un vrai coup de cœur pour le cuir tressé.

Comme tu as pu le voir, il existe beaucoup d’options, et il est aisé d’avoir une paire de gants très personnelle, en fonction de nos goûts, et (surtout ?) de notre rapport au froid. Si je devais te conseiller, tu l’auras compris, je te dirais de partir sur une paire en pécari Dakar doublée cachemire. C’est à mon sens la paire idéale, chaude, remarquable, et polyvalente (contrairement à du noir ou du marron, on ne se pose pas la question de l’association). J’y ajouterais ensuite une paire en agneau non doublé. D’abord parce que ce sera la paire idéale pour la mi-saison, quand il fait encore un peu froid le matin, ensuite parce que c’est une peausserie magnifique, à nulle autre pareille, et que la sensation au port grâce à l’absence de doublure sera exceptionnelle. Ensuite, eh bien…. Pourquoi se limiter ? c’est le cadeau idéal (à faire ou à se faire faire), n’hésite pas à ajouter de la couleur, une paire en cerf pour tes tenues plus casual (et pour associer à ton blouson en cuir de cerf) … Bref, tout est possible, amuse-toi !

Une paire Omega : un basique de ton vestiaire

On ne va pas tourner autour du pot, avoir une paire belle de gants c’est essentiel si tu t’intéresses au style. Mais pourquoi une paire d’Omega ? Je ne le répèterai jamais assez, au-delà du produit, ce que j’aime dans notre univers, ce sont les rencontres, les humains qui sont à l’origine de nos achats compulsifs. Et quand on parle d’humain, de relationnel, forcément on ne peut que penser à Omega. L’accueil à l’atelier, la passion d’Alberto et de toute son équipe pour leur métier, et pour transmettre leur savoir sont impressionnants, c’est pourquoi je ne peux que te conseiller d’aller les rencontrer à Naples (ou de passer par la boutique en ligne) afin de te procurer ce qui est sans aucun doute une des plus belles paires de gants au monde !

Mais ce n’est pas tout ! Omega sera en trunk show à Paris, aux créateurs de Babylone (rue de Babylone dans le 7ème arrondissement) jusqu’à samedi, de quoi essayer en direct, et finir ses cadeaux de Noël.

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