Myrqvist: des souliers abordables venant de Suède

Bien que le Web aie permis de globaliser les ventes de produits, il en est certains pour lesquels c’est plus difficile que d’autres. La chaussure en est un parfait exemple. C’est un vêtement à tailles, sans l’essayer difficile de se lancer. Et contrairement à une veste qu’on pourrait retoucher, il est beaucoup plus difficile de modifier le chaussant d’un soulier. C’est certainement pour cela que les marques de chaussures restent encore assez limitées dans leur conquête de nouveaux marchés. Et c’est également pour cela que la marque que je te présente aujourd’hui n’est pas très connue sur les médias français.

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Designées en Suède et produits au Portugal, les chaussures Myrqvist sont 100% européennes

Myrqvist, un produit traditionnel avec une présentation moderne.

Comme souvent, je me suis intéressé à Myrqvist parce que j’ai rencontré ses fondateurs. J’ai rencontré Sebastian Öhrn et Olle Ringstedt les deux co-fondateurs de la marque lors du Super trunk Show 2018 à Londres. Eux sont Suédois, et leur aventure a débuté en 2016 en réalisant rien de moins qu’un petit exploit en lançant une marque de chaussures cousues Goodyear d’entrée de gamme. La campagne de crowndfunding est un succès et le financement attendu (environ 10 000 €) est atteint en une semaine, et à la fin du mois c’est 70 000 € qui ont été récoltés, ce qui en fait (à l’époque en tout cas) la campagne Kickstarter la plus élevée pour un projet dans le domaine de la mode en Suède. Oui oui, rien que ça, alors qu’on parle d’un produit plutôt difficile à vendre, chapeau !

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Olle et Sebastian, les deux fondateurs de la marque, dans leur showroom

Leur idée était de pouvoir proposer sur le marché suédois un soulier en cuir, cousu Goodyear à un prix abordable. La gamme dessinée en Suède est un classique du genre, les patronages et les formes sont classiques, on y retrouve tous les modèles qu’un gentleman peut rechercher. Alors bien sûr, les esprits chagrins pourraient râler sur un manque d’originalité de la gamme, mais après tout, c’est ce qui se vend. Leurs produits étant destinés au marché suédois, la majorité des modèles sont proposés soit avec une semelle entièrement cuir, soit avec un patin afin d’être adaptés au climat suédois, plus rude que le nôtre.

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La patin déjà posé, important pour le climat suédois, c’est aussi un coût en moins pour le client

Contrairement à ce que l’on peut entendre sur certaines marques, qui choisiraient de passer d’un made in Europe vers d’autres continents, en général pour réduire les coûts au prix d’une baisse de qualité, le parcours de la marque a été inverse. A sa création, les chaussures étaient fabriquées au Vietnam, puis en Inde, mais afin de satisfaire une recherche d’une meilleure qualité, la production a été finalement confiée à un atelier portugais.

Une visite sur le stand de la marque lors du Trunk Show m’a permis de découvrir les modèles et une ligne de produits qui dans l’ensemble me semblait tout à fait cohérente. Alors bien sûr, ne rêve pas. Une paire de myrqvist coûte environ 210 €, à ce prix là il faut faire des concessions. La qualité du cuir sera forcément en retrait par rapport à celui de paires à un tarif plus élevé, c’est avant tout là-dessus que des économies peuvent être faites. Malgré cela les cuirs viennent de tanneries françaises (ce qui veut tout et rien dire, mais c’est plutôt prometteur).

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La marque propose les grands classiques du vestiaire masculin de quoi se créer un fond de roulement à prix raisonnable

Alors pourquoi s’intéresser à une paire si pour quelques dizaines d’Euros de plus il y aurait mieux ? La bonne question…. Et bien parce que l’offre me semble répondre à un marché qui ne me semble pas si développé que ça. Lorsque j’ai commencé à m’intéresser au beau soulier, il y a presque 8 ans, il était possible de trouver autour de 150 € des chaussures d’une qualité correcte. Avec le temps, les prix ont augmenté (il faut bien faire des marges à un certain moment, et le prix du cuir explose). Trouver un soulier cousu réalisé en Europe, avec un cuir lui aussi européen, et un design qui correspond à mon idée d’une belle paire de chaussures est devenu plus compliqué. Dans le même temps, le soulier d’entrée de gamme pose un souci. Lorsque quelqu’un me demande conseil, lui proposer des marques reste possible, mais dès qu’on aborde le sujet du bon entretien, ça se gâte. Il faut rajouter une paire d’embauchoirs, la pose d’un patin et de fers, sans compter les crèmes et cirages (bon, là c’est différent, on n’en rachète pas à chaque paire). Et le budget explose, parce que là où ces coûts représentent une part limitée du prix de la paire, le ratio devient bien plus important pour une paire à bas prix. J’ai donc trouvé l’idée de Myrsqvist de pouvoir, pour celui qui le désire, limiter le coût avec un patin déjà intégré.  Bref tout un tas de petites raisons qui m’ont fait considérer la marque comme une alternative plus qu’intéressante pour ceux à la recherche d’un produit d’entrée de gamme sans pour autant faire trop de concessions. Raison pour laquelle j’ai eu envie de tester une paire.

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Le Portugal est devenu au fil des années une référence lorsqu’on parle de soulier bien réalisé avec un rapport qualité prix compétitif

Retour d’expérience, un an avec une paire de Myrqvist

Quelques semaines après le Super Trunk Show j’ai donc réceptionné ma nouvelle paire de chaussures. Pas de surprise par rapport à ce que j’avais vu à Londres, le produit répond à son cahier des charges. Je note un cuir qui me semble prompt à plisser, mais cela ne m’étonne guère, d’autant que j’ai tendance à faire plisser rapidement la plupart de mes chaussures, rien d’affolant donc.

J’ai donc commencé à porter cette paire assez régulièrement. J’avais fait exprès de choisir un richelieu marron foncé, histoire de pouvoir le porter sans me poser de questions. Pour être tout à fait honnête, j’avais en tête d’utiliser cette paire pour pouvoir rester habillé de manière assez formelle même dans des conditions où je ne souhaite pas porter de paires trop coûteuses (les plus innocents penseront aux intempéries, et les plus médisants à des soirées trop arrosées), ma paire de Myrqvist a donc vécu des conditions plus rudes que la plupart de mes autres paires.

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La paire que j’ai reçu il y a un an, avant tout cirage ou glaçage

Et au final ? Ayant pas mal de retard pour la rédaction de cet article, j’ai eu le temps de porter ma paire régulièrement. Je dois avouer que je suis plutôt satisfait. Le chaussant est assez large, ce qui m’arrange, même pour une journée un peu chargée (ou une nuit à faire la fête) si mes pieds gonflent un peu, je peux continuer à les porter. J’ai aussi trouvé que le talon s’emboîtait plutôt bien avec le mien, ce qui me donne un bon maintient général (plus que certaines autres paires). La forme du soulier, pas vraiment racée comme chez certains grands noms du soulier, n’est pas totalement ronde, ce qui lui permet d’être à la fois pas trop pataude mais quand même confortable (certains diront trop).

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Un an après, la paire a beaucoup vécu (merci l’hiver qui dure… et le flash qui accentue bien), on peut le voir au talon déjà bien attaqué. Mais dans l’ensemble, cette paire remplit bien son rôle de pneu pluie pour des journées comme… aujourd’hui!

Myrqvist, une marque inspirante

Comme je le disais malgré mes commentaires positifs, il reste un frein, tu ne peux pas essayer la marque à Paris, c’est un risque à prendre si tu souhaites la tester. Mais j’ai tenu à te la présenter, car j’y ai surtout trouvé du positif. Le produit certes, mais aussi l’univers de la marque, moderne, minimaliste, épuré, on pourrait dire « jeune » bref, adaptée à un nouveau public. C’est donc pour moi une option tout à fait envisageable dans sa gamme de prix. Une belle découverte donc associée à une belle histoire entrepreneuriale !

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Parfaits pour cette été,  un paire de mocassins à pampille

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